Sous le macronisme, un sombre avenir pour l’université française ?

On l’entend souvent, l’université française est en crise. Manque de moyens, personnel sous-payé et surchargé, précarité de l’emploi à durée déterminée, désastre de Parcoursup année après année… les maux ne manquent pas dans l’enseignement supérieur tricolore. Et ce, malgré des besoins toujours plus importants, puisqu’un fort taux de natalité a fait exploser le nombre de primo-entrant·es dans les dernières années. Des décennies de libéralisme ont plus que jamais affaibli l’accès à l’éducation supérieure de nos jeunes. Et pourtant, sous le second quinquennat Macron, la casse universitaire risque de s’intensifier : l’état des systèmes d’éducation supérieure des pays de la 3e circonscription des Français·es de l’étranger peut nous laisser présager des dégâts à venir. Face à ce constat, une dernière lueur d’espoir : une vraie politique de rupture face aux logiques productivistes et libérales pourrait permettre de sauver ce pilier de l’ascenseur social républicain. Une politique qui pourrait être menée par un gouvernement de la Nouvelle Union Populaire, Écologique et Sociale.


Le contre-exemple du Royaume-Uni: Sous le sceau de l’excellence universitaire, une forte détresse sociale

Le Royaume-Uni est un pays qui peut s’enorgueillir de la performance de son système d’éducation supérieure. Et pour cause, ses universités caracolent chaque année en tête des grands classements universitaires mondiaux ; en 2021, quatre d’entre elles se glissaient dans les 25 premières places, quand la France n’arrivait qu’à en placer une seule. Pourtant, le studieux silence qui règne dans les couloirs des prestigieuses institutions britanniques a dernièrement été troublé par un grondement dont l’intensité se fait grandissante. Les mouvements de grève se sont ainsi succédé dans les trois dernières années. Avec, à chaque fois, de forts taux de participation et le soutien des associations d’étudiant·es, et ce malgré l’impact sur leur éducation, après deux longues années d’apprentissage à distance, et malgré la hauteur de leurs frais d’inscription.

Alors, qu’est-ce qui a bien pu perturber le calme des universités britanniques ? Les causes sont résumées par la campagne des Four Fights du University and College Union (UCU), le principal syndicat de l’enseignement supérieur britannique. Leurs Quatre Luttes s’opposent aux principaux vices de l’université néolibérale :

  1. la baisse des salaires (de presque 20% depuis 2009, en parité de pouvoir d’achat) ;

  2. la précarisation des contrats, puisque les chercheur·ses enchaînent généralement les contrats courts en début de carrière, sans garanties de titularisation ;

  3. la surcharge de travail, puisque les enseignant·es-chercheur·ses doivent effectuer leurs travaux de recherche, enseigner, chercher des financements et gérer leurs doctorants;

  4. les inégalités salariales (de 15.1% entre les sexes, mais aussi avec les minorités et les personnes souffrant d’un handicap).

Pour trouver un coupable à ces maux, pas besoin de chercher bien longtemps : tout cela découle directement du Thatcherisme, du nom de la première ministre conservatrice qui, dans les années 1980, a poussé les Britanniques tout droit dans le gouffre sans fond du néolibéralisme.



Un tract pour les Four Fights du syndicat universitaire UCU.


Un possible futur pour notre éducation supérieure ?

L’université française, toujours publique, n’avait pas encore complètement sombré, malgré l’impact des politiques d’austérité. Mais le basculement pourrait arriver prochainement. En cause, notamment, l’un des poids lourds du premier quinquennat, le ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, dont la pensée structure la politique nationale en matière d’éducation, et pas seulement dans le primaire. Ancien directeur de l’ESSEC, une Business School française, ses positions ne feraient sans doute pas rougir la Dame de Fer. Il maintient notamment l’idée que les écoles doivent être managées comme des entreprises. Mis·es en concurrence les un·es avec les autres, soumis·es aux injonctions au productivisme et à l’innovation court-termiste, nos enseignant·es-chercheur·ses sont destiné·es à la casse sociale. Quand iels ne risquent pas de perdre leurs postes dans la chasse aux sorcières lancée contre le « wokisme » et l’« islamo-gauchisme » par M. Blanquer avec le soutien de sa collègue de l’enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal – qui s’est tout à fait effacée derrière M. Blanquer dans les dernières années du quinquennat. A noter que la nomination récente de Pap Ndiaye est une fausse bonne nouvelle : son directeur de cabinet, responsable de la ligne du ministère, est un proche de M. Blanquer.

Au Royaume-Uni, aux Four Fights s’ajoute depuis peu un combat des universitaires pour conserver leur pension de retraite. Retraite par capitalisation oblige, les employeur·euses décident dans une certaine mesure de leur participation au fonds de pension de leurs employé·es. L’année dernière, il a été décidé unilatéralement par les universités de diminuer leurs contributions, ce qui se traduit pour leurs personnels par une baisse d’environ 35% de leur pension de retraite après une carrière complète. Si besoin est de le rappeler, la retraite par capitalisation est dans la droite lignée du projet macroniste.


Sauvez nos universités: votez NUPES!

Si le modèle d’éducation supérieur d’outre-Manche peut être le futur de notre université sous Emmanuel Macron, son projet destructeur pourrait bien dérailler avec l’élection de Jean-Luc Mélenchon au poste de premier ministre. Son programme de l’Avenir en Commun (AEC) propose ainsi, pour répondre à ces enjeux, de sortir de l’austérité budgétaire, pour rétablir l’effort de recherche et développement national. De plus, sera lancé un plan pluriannuel massif de recrutement de personnels, avec une revalorisation de la valeur du point d’indice pour rattraper le gel des salaires depuis 2010. La question des retraites, centrale et qui ne touche pas que le personnel enseignant, n’est pas en reste, avec la proposition de restaurer le droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour 40 annuités de cotisations, mais aussi, entre autres, d’indexer le montant des retraites sur les salaires.

De leur côté, les étudiant·es ne seront pas laissé·es de côté puisque l’AEC propose également de ré-instaurer la gratuité de l’enseignement supérieur, et de garantir à tou·tes les bachelier·es l’accès sans sélection à la formation de leur choix (démantèlement de Parcoursup) et le droit à la poursuite d’études (fin de la sélection en Master). Sera assuré à chaque étudiant·e détaché·e du foyer fiscal parental une garantie d’autonomie au-dessus du seuil de pauvreté afin qu’il ou elle ait véritablement les moyens pour étudier.

L’ensemble des propositions de l’Avenir en Commun sur ces sujets peuvent être retrouvés dans les livrets thématiques Enseignement supérieur et recherche : Étudier, chercher et enseigner dans de bonnes conditions et Plein Emploi : Travailler moins, travailler mieux, travailler toutes et tous.

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